Le stress dans l'Entreprise - Les risques psychosociaux

Quelques observations sur la santé au travail

par le Docteur Nicole FOSSIER DETRIGNE


En 1997 , une intervention sur le stress m'a été demandée, et ce, dans le cadre de la santé au travail.

A cette époque, ce thème retenait déjà l'attention des médecins du travail, mais n'était pas vraiment pris au sérieux dans les Entreprises. On se faisait facilement contrer son argumentation et renvoyer sur les difficultés personnelles et non professionnelles des individus identifiés en souffrance. "Le stress était le fléau des temps modernes" et il n'y avait pas lieu de développer ce sujet.

Puis des grands titres ont fait la une des journaux économiques, "Stress, la fin d'un tabou" (Enjeux Les Echos mars 1999); un sondage SOFRES auprès des cadres a montré le coût humain de la course à la performance. Les a priori du style "seuls les faibles sont stressés"tombent petit à petit.

En parallèle, des doléances de plus en plus fortes s'exprimaient dans les consultations médicales où les salariés déversaient leur mal-être. A cette époque, des enquêtes se développent au sein des entreprises, des audits du stress sont proposés, des actions de gestion du stress se mettent en place, le Crédit Lyonnais, à l'époque, lance des séances de relaxation pour les salariés; comme on le voit, on s'adresse là au salarié et non à l'entreprise; on tourne en rond; on saupoudre des actions qui, à l'époque, veulent être des actions de prévention.

La prise en compte de ce phénomène délétère convainc certains hiérarchiques, mais laisse la grande majorité d'entre eux dubitative et même critique: perte de temps…

On remarque plusieurs ordres de faits:

 

==> D'une façon générale l'entreprise accepte mal d'être montrée du doigt.

==> Elle accède difficilement à l'idée que, le stress augmentant, la qualité du travail diminue, les conflits entre les salariés ainsi que l'absentéisme, augmentent.

 

Et le médecin du travail dans tout cela ?

J'ai quelques réflexions présentes à l'esprit, issues de conversations avec des chefs de service ou des responsables des ressources humaines: "La banque, ce n'est pas le goulag", "S'ils travaillaient à la chaîne, je comprendrais". Une façon de tourner le réel en dérision, un véritable déni parfois. Avec l'objectif d'éluder, de ne pas communiquer sur les arcanes de la politique managériale et organisationnelle.

 

Aujourd'hui, la Réforme de la Santé au Travail recentre nos actions sur une véritable prévention (en ce qui me concerne, les risques sont identifiés, vingt-deux ans d'expérience dans le secteur bancaire apportent matière à réflexion).

Le Plan quinquennal Santé au Travail, élaboré sous l'autorité du Ministre délégué aux Relations du Travail engage cette nouvelle dynamique de prévention des risques professionnels en encourageant les entreprises à devenir acteurs de la santé au travail: il convient de garantir l'intégrité à la fois physique et mentale des salariés. Or les risques psychosociaux arrivent en tête des risques professionnels auxquels les salariés s'estiment les plus exposés. Mais au fait, qu'entend-on par "risques psychosociaux" ? Ce terme regroupe toutes les situations de stress par surmenage, les incivilités et la violence éventuelle, verbale, voire physique auxquelles sont exposées les personnes en contact avec le public, le harcèlement moral, le harcèlement sexuel, les pratiques addictives qui, dans le cas présent correspondent le plus souvent à une quête de performance personnelle (substances illicites) ou à une fuite de la réalité (alcool).

Comment prendre le problème du stress à sa base ? Il n'est plus d'actualité d'avoir pour seule réponse : apprendre aux individus à le gérer.

Dans un récent numéro de notre publication, l'intérêt d'une prévention "à la source", dite prévention primaire, était illustré par un schéma ludique. Appliqué à notre propos, cela signifie développer des interventions en vue d'éliminer ou tout au moins réduire les éléments stressants de la situation de travail; il ne s'agit pas de faire de la prévention sur des salariés présentant déjà des symptômes plus ou moins avancés de stress pour leur éviter de glisser (les séminaires "gestion du stress", "gestion du temps" ont trouvé là un champ d'expansion impressionnant, très séduisants intellectuellement mais laissant bel et bien le salarié face à ses problèmes désormais identifiés!).

Il n'y a pas plus à se glorifier dans ce domaine de faire de la prévention tertiaire; en effet, les salariés à ce stade présentent de sérieux problèmes de santé ou sont vus par le médecin du travail en reprise après une longue absence.

Dans la pratique, le domaine à travailler est l'organisation du travail qui, on le sait, a deux sortes de contraintes: les contraintes de charge excessive de travail et les contraintes de temps. L'individu n'est pas mis en cause, car dans une organisation inefficace, même les plus doués ou les plus qualifiés ne peuvent pas s'en sortir. En intégrant cette fois-ci l'homme à mon propos, l'analyse intéressante à faire est celle des relations entre le rapport subjectif au travail et l'organisation de ce dernier, afin de repérer les obstacles qui peuvent conduire certains dans une impasse totale au risque de leur santé.

 

En conclusion, un éclairage total sur les modalités du travail et de la vie au travail dans l'Entreprise est obligatoire pour pratiquer cette prévention. Le médecin du travail, "personne ressource" oui, seul acteur, non. D'où une ouverture nécessaire de l'entreprise à d'autres acteurs. Engagement de l'Entreprise nécessaire, oui, mais en réseau avec une démarche participative vers ses acteurs de tous échelons, avec pour objectif une diminution des plaintes et de l'absentéisme, une amélioration de l'environnement de travail, une meilleure organisation avec laquelle va généralement de pair une meilleure efficacité.

 

Suis-je en train de faire un plaidoyer de l'utopie ? Ou bien s'agit-il tout simplement de ré enchanter un peu le monde du travail ? En tout état de cause, voici livrée ma vision d'une possible avancée en terme de réduction des risques psychosociaux.

 

Docteur Nicole FOSSIER DETRIGNE

 

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